Vous avez croisé le terme « DPE projeté » en montant un dossier de prêt à taux zéro, ou simplement en cherchant quelle classe votre logement atteindrait après travaux. Le mot prête à confusion : ce n'est pas un nouveau DPE officiel du logement. C'est une projection de sa performance après un programme de travaux donné, calculée avec la méthode du DPE, réalisée par un diagnostiqueur certifié ou un auditeur, et facturée 150 à 300 €. Il répond à une question précise : « avec ces travaux-là, où est-ce que j'arrive ? ». Il ne répond pas à « quels travaux dois-je faire ? ». Toute la différence avec une étude énergétique tient là.
Un DPE projeté est une simulation. Le professionnel part de l'état actuel du logement, tel qu'il figure dans le DPE existant ou tel qu'il le relève sur place, puis remplace dans le calcul les caractéristiques actuelles par celles prévues après travaux : nouvelle résistance thermique des murs ou de la toiture, nouveau générateur de chauffage, nouvelles menuiseries, nouvelle ventilation. Le logiciel recalcule la consommation conventionnelle et les émissions, et affiche une nouvelle étiquette. La méthode est la même que pour le DPE officiel, la 3CL-DPE 2021. Ce qui change, c'est la donnée d'entrée : un logement qui n'existe pas encore.
Un point à bien saisir : le terme « DPE projeté » n'apparaît pas dans les textes. Ce qu'on y trouve, c'est une « évaluation énergétique » qui indique la classe du logement avant travaux et celle projetée après travaux. L'appellation est un usage de marché, la projection elle-même est bien prévue par la réglementation, notamment pour le PTZ dans l'ancien. Ce n'est donc pas un document fantaisiste, mais ce n'est pas non plus un nouveau DPE du logement : les travaux n'ont pas été faits, rien n'est constaté.
Conséquence : le DPE projeté n'est pas transmis à l'ADEME, n'a pas de numéro à 13 chiffres et ne peut servir ni à vendre ni à louer. Le DPE opposable du logement reste celui de l'état existant, jusqu'à ce qu'un nouveau DPE soit réalisé après travaux.
Reste à savoir qui peut le produire, et sous quelle forme il vous parvient.
Pour le PTZ, le texte est précis : l'évaluation énergétique avant et après travaux est réalisée par une personne répondant aux conditions de l'article L. 271-6 du code de la construction et de l'habitation, c'est-à-dire un diagnostiqueur immobilier certifié DPE, ou par un professionnel répondant aux conditions de qualification des auditeurs énergétiques. En dehors du PTZ, aucun texte n'encadre la projection, mais les banques et les organismes d'aides appliquent en pratique la même exigence. Les simulateurs en ligne qui promettent une projection « en une minute » à partir du numéro du DPE peuvent donner un ordre de grandeur, pas un justificatif.
Ce que vous recevez dépend du professionnel et de son logiciel. Contrairement au DPE officiel, il n'existe pas de rapport national standardisé pour la projection. Dans la plupart des cas, c'est un PDF de quelques pages qui reprend la maquette du DPE : étiquette énergie et étiquette climat avant et après, consommation en kWh/m²/an, émissions en kgCO₂/m²/an, avec la mention « simulation » ou « projeté ». Un seul scénario, celui des travaux que vous avez décrits. Pas de plan d'action, pas d'ordre de priorité, pas de chiffrage des aides. Le document est envoyé par mail, parfois avec le fichier de calcul.
Le point clé est là : le diagnostiqueur modélise ce que vous lui donnez. Il lui faut des devis ou une description précise des travaux (matériaux, résistances thermiques, performances des équipements, surfaces traitées). S'ils manquent ou s'ils sont flous, la projection le sera aussi.
C'est d'ailleurs pour un dossier bancaire que la plupart des gens découvrent ce document.
Si vous achetez un logement ancien avec travaux et que vous demandez un PTZ, la banque vérifie que le programme de travaux amène le logement à un niveau de performance minimal. Depuis les offres de prêt émises à compter du 1er avril 2024, ce niveau est la classe D (et non plus E, comme l'écrivent encore beaucoup de contenus antérieurs). Si le DPE existant est déjà en A, B, C ou D, il suffit. Sinon, il vous faut une évaluation projetée qui montre l'atteinte de la classe D après travaux.
Les règles à connaître :
Dans ce contexte, le DPE projeté est un justificatif, et il fait bien son travail. Reste à savoir ce qu'il coûte, et ce que ce prix recouvre.
Le prix n'est pas réglementé. La fourchette de marché tourne autour de 150 à 300 € TTC, selon la surface, la localisation et la complexité du bâti, un peu plus qu'un DPE seul parce que le professionnel modélise les travaux en plus de relever l'existant. Si le DPE existant n'est plus valable, le refaire en même temps que la projection, chez le même professionnel, revient souvent moins cher que deux interventions séparées.
Ce prix correspond à ce qu'est le document : un calcul. Il ne comprend ni la conception du programme de travaux, ni la comparaison de plusieurs options, ni le chiffrage des aides. Quand un devis de DPE projeté annonce « accompagnement complet », demandez ce qu'il y a dedans.
Un calcul, donc. Ce qui amène la question que se posent ceux qui en ont déjà fait un : est-ce que le résultat tient ?
« J'ai fait ce qui était écrit, je n'ai pas obtenu la classe annoncée, et les coûts n'avaient rien à voir. » C'est un retour fréquent, et il mérite une réponse précise, parce que ce n'est généralement pas le calcul qui est en cause.
La méthode 3CL est conventionnelle : elle applique les mêmes hypothèses d'usage à tous les logements, et un DPE réalisé après travaux par un autre diagnostiqueur, avec le même bâti, donnera le même résultat à quelques kWh près. Ce qui fait diverger la classe réelle de la classe projetée, c'est le scénario qu'on a fait entrer dans le calcul. Trois causes reviennent :
Autrement dit : un DPE projeté est aussi fiable que le programme de travaux qu'on lui donne. Quand ce programme a été construit sur le logement réel, avec des valeurs que les artisans pourront tenir et des coûts vérifiés, la projection tient. Quand il a été construit à partir d'une liste générique, elle ne tient pas, et ce n'est pas le diagnostiqueur qui a eu tort.
Et c'est précisément là qu'il faut savoir ce que ce document vous dit, et ce qu'il ne vous dit pas.
Le DPE projeté est particulièrement utile lorsque vous savez déjà quels travaux vous envisagez. Il répond alors à une question très précise : quelle performance ce programme devrait-il permettre d'atteindre ? Si vous avez vos devis en main et une banque qui attend, c'est la bonne réponse, au bon prix.
Mais il a deux angles morts.
Il ne construit pas le programme. Il le teste. Si vos devis ne suffisent pas à atteindre la classe visée, vous l'apprenez après coup, et vous repartez chercher des devis. C'est la cause la plus fréquente de dossiers PTZ renvoyés par les banques : un bouquet de travaux qui améliore le logement, mais pas assez.
Il ne vous prévient pas du double seuil. La classe DPE dépend de deux étiquettes, énergie et carbone, et c'est la plus mauvaise qui l'emporte. Isoler une maison chauffée au fioul peut la faire passer en D sur l'énergie et la laisser en E sur le carbone. Le DPE projeté affichera E, sans vous dire que c'est le chauffage qui bloque.
Si votre question est plutôt « quels travaux dois-je réaliser, dans quel ordre, avec quel budget ? », le problème est différent. Il faut comparer plusieurs combinaisons de travaux en tenant compte du logement, de vos priorités (classe, factures, confort), de votre budget, des aides mobilisables et, en appartement, des contraintes de copropriété. Cette logique d'évaluation avant/après n'est d'ailleurs pas propre au PTZ : l'Anah demande la même chose pour ses aides aux bailleurs. Ce qui change, c'est le moment où vous la faites : avant ou après avoir décidé.
C'est cette différence de moment qui sépare le DPE projeté d'une étude énergétique.
La réponse dépend d'une seule chose : savez-vous déjà quoi faire ?
Vous avez déjà vos devis et souhaitez seulement connaître votre future classe ? Un DPE projeté répond parfaitement à votre besoin. Ne prenez pas une étude complète pour ça, ce serait payer une décision que vous avez déjà prise.
Vous ne savez pas encore quels travaux choisir, dans quel ordre les réaliser ou jusqu'où rénover ? C'est pour cette phase-là que nous avons conçu le Plan de Performance Énergétique. Il part de votre logement et de vos contraintes, construit trois scénarios de travaux, simule chacun en 3CL, estime son coût et les aides correspondantes, et vous dit lequel nous recommandons et pourquoi. La classe projetée en fait partie, mais elle est le résultat du travail, pas son objet.
Une chose à savoir avant de choisir : le PPE n'est pas un document réglementaire et ne se présente pas à une banque comme justificatif PTZ. Si vous avez besoin de cette pièce, notre diagnostiqueur partenaire peut la produire à partir du scénario retenu, sans refaire l'étude.
| Critère | DPE | DPE projeté | PPE |
|---|---|---|---|
| Question posée | Où en suis-je ? | Où arriverai-je avec ces travaux ? | Que dois-je faire ? |
| Programme de travaux nécessaire au départ | Non | Oui, généralement | Non |
| Classe après travaux | Indicative, dans les recommandations | Oui, pour un scénario | Oui, pour chaque scénario |
| Construit le programme de travaux | Recommandations génériques | Non | Oui |
| Scénarios comparés | Non | Un | Trois |
| Budget pris en compte pour construire les scénarios | Non | Non | Oui |
| Aides personnalisées | Non | Non | Oui |
| Contraintes de copropriété et faisabilité | Limité | Non | Oui |
| Document réglementaire, opposable | Oui | Non | Non |
| Justificatif PTZ | Oui, si la classe suffit | Oui | Non |
| Coût indicatif TTC | 100 à 300 € | 150 à 300 € | A partir de 790 €. Voir notre page tarifs |
Reste un troisième document, dont on n'a pas encore parlé, et qui a sa propre place.
L'audit énergétique réglementaire est un document à part : encadré par arrêté, réalisé par un auditeur qualifié, obligatoire à la vente d'une maison classée F ou G depuis avril 2023 et E depuis janvier 2025, et exigé pour MaPrimeRénov' Parcours accompagné et pour l'éco-PTZ rénovation d'ampleur depuis le 1er juillet 2025. Il propose au moins deux scénarios de travaux calibrés sur les exigences de l'État, avec les classes atteintes, des ordres de grandeur de coûts et les aides existantes. Comptez 800 à 1 500 € selon le bien.
Il est plus complet qu'un DPE projeté, et il a une valeur réglementaire que le PPE n'a pas. Sa limite est ailleurs : ses scénarios sont construits pour atteindre les niveaux définis par la réglementation, pas pour arbitrer entre votre budget, votre confort et vos priorités, et ses coûts sont des ordres de grandeur, avec la même réserve que plus haut. Si vous visez une rénovation d'ampleur avec les aides de l'Anah, l'audit est obligatoire et il est rentable. Si vous cherchez d'abord à décider, l'étude vient avant. Et si vous savez déjà quoi faire, le DPE projeté suffit.