Aucune des deux lettres n'est une erreur. Votre DPE n'est pas une étiquette, c'est un document, et ce document contient mécaniquement deux étiquettes : une pour la consommation d'énergie (en kWh d'énergie primaire par m² et par an) et une pour les émissions de CO₂ (en kg de CO₂ par m² et par an). C'est toujours la pire des deux qui devient la classe finale de votre logement. Si la grosse lettre de la page 1 affiche G et qu'une lettre F apparaît à l'intérieur, c'est presque toujours que l'une de vos deux notes est en G, l'autre en F, et que le G l'emporte. Juridiquement, c'est cette classe finale qui compte : pour la vente, la location, le gel des loyers et le calendrier d'interdictions de la loi Climat et Résilience.
Vous tenez sous les yeux un document qui semble se contredire. C'est trompeur, mais c'est normal : le DPE a été refondu pour donner deux informations à la fois, et la façon dont elles se combinent surprend la plupart des propriétaires la première fois qu'ils le découvrent.
Depuis la refonte du 1er juillet 2021 (arrêté du 31 mars 2021), votre DPE évalue deux choses, et deux choses seulement. La première : combien votre logement consomme d'énergie primaire, sur cinq postes précis (chauffage, eau chaude sanitaire, climatisation, éclairage, et ce qu'on appelle les auxiliaires, c'est-à-dire la ventilation et les pompes de distribution). La seconde : combien il émet de gaz à effet de serre. Chaque évaluation donne lieu à une étiquette de A à G, présentée séparément sur la première page : à gauche l'étiquette énergie, à droite (ou en dessous) l'étiquette climat. La classe officielle de votre logement, celle qui figure en gros sur la couverture du document et qui apparaît dans les annonces, retient toujours la moins bonne des deux. Un peu comme un bulletin scolaire qui serait calé sur votre plus mauvaise matière, peu importe les autres.
Côté seuils, pour un logement de plus de 40 m² situé en dessous de 800 m d'altitude (les logements de 40 m² ou moins ont des seuils ajustés depuis juillet 2024), la classe G commence à 421 kWh d'énergie primaire par m² et par an, ou à 101 kg de CO₂ par m² et par an. La classe F couvre la tranche 331 à 420 kWh, ou 71 à 100 kg de CO₂. Avec par exemple 425 kWh côté énergie et 90 kg côté climat, le logement décroche un G en finale, alors que l'étiquette climat, prise isolément, ressort en F. C'est exactement ce qui se passe chez la plupart des propriétaires qui nous posent cette question.
Pour situer où vous en êtes sur votre propre DPE, trois zones à repérer.
| Ce que vous regardez | Ce que ça mesure | Unité | Où la trouver |
|---|---|---|---|
| Étiquette énergie | Consommation d'énergie primaire du logement | kWh EP/m²/an | Première page, à gauche, dégradé vert vers rouge |
| Étiquette climat | Émissions de CO₂ du logement | kg CO₂/m²/an | Première page, à droite ou en dessous, dégradé bleu clair vers bleu foncé |
| Classe finale | La pire des deux notes, retenue comme classement officiel | Lettre seule, sans unité | Première page, en très grand format, en haut |
Vous avez maintenant la grille de lecture. Reste à repérer concrètement, sur votre PDF, laquelle des deux lettres est laquelle.
Posez le DPE à plat (ou ouvrez-le en plein écran) et cherchez d'abord les unités. C'est l'unité qui trahit chaque étiquette, pas la lettre.
L'étiquette énergie est celle qui affiche un chiffre suivi de "kWh EP/m²/an" ou "kWh/m².an". Elle mesure la consommation conventionnelle d'énergie primaire du logement, et dépend donc à la fois de la quantité d'énergie nécessaire au logement et de l'énergie utilisée. Pour passer de l'énergie finale (celle que vous payez sur la facture) à l'énergie primaire (celle nécessaire pour la produire et la transporter jusqu'à chez vous), le calcul applique un coefficient de conversion. Pour le gaz, le fioul, le bois et les réseaux de chaleur, ce coefficient vaut 1. Pour l'électricité, il est passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026 (arrêté du 13 août 2025). Concrètement, un logement tout électrique voit chaque kWh consommé multiplié par 1,9 sur la balance, ce qui dégrade rapidement l'étiquette énergie même quand la consommation réelle est raisonnable.
L'étiquette climat, elle, affiche un chiffre suivi de "kg CO₂/m²/an" ou "kg eqCO₂/m².an". Elle dépend directement du type d'énergie utilisée. Dans la méthode 3CL-DPE 2021 qui sert au calcul, le fioul est retenu à 324 g de CO₂ par kWh, le gaz naturel à 227 g, l'électricité française à environ 79 g (grâce à un mix dominé par le nucléaire et les renouvelables) et le bois autour de 30 g. Voilà pourquoi un appartement bien isolé chauffé au gaz peut avoir une bonne étiquette énergie et une mauvaise étiquette climat : la consommation est sous contrôle, mais le gaz brûlé plombe les émissions. Et inversement pour un studio tout électrique mal isolé : peu de CO₂ par kWh, mais une consommation d'énergie primaire qui décolle.
Dernier point pour les copropriétés. Vous pouvez avoir entre les mains deux documents qui se chevauchent : votre DPE individuel et le DPE collectif de l'immeuble (devenu obligatoire au 1er janvier 2026 pour les copropriétés d'au plus 50 lots dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013, ce qui couvre la grande majorité du parc ancien). Les deux peuvent afficher des classes différentes. C'est votre DPE individuel qui s'applique à votre lot pour la vente ou la location, pas celui de l'immeuble.
Vous savez maintenant identifier la nature de chaque lettre. Reste un autre cas, devenu fréquent depuis janvier 2026, qui peut donner l'impression que votre DPE affiche G mais qu'un autre document dit F.
Si vous avez sous les yeux deux documents distincts, votre DPE d'origine d'un côté et une attestation téléchargée sur le site de l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME de l'autre, ce n'est pas non plus une contradiction. C'est la trace de la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026.
L'arrêté du 13 août 2025 a abaissé le coefficient de conversion de l'électricité de 2,3 à 1,9 pour mieux refléter le mix électrique français, largement décarboné par le nucléaire et les renouvelables. Mécaniquement, chaque kWh d'électricité consommé pèse 17 % de moins en énergie primaire dans le calcul. Le gouvernement estimait que 850 000 logements sortiraient ainsi du statut de passoire thermique (logements classés F ou G) sans avoir bougé une planche d'isolant. Cette estimation a ensuite été révisée à environ 700 000 logements.
Pour le gaz, le fioul ou le bois, le coefficient reste à 1. La réforme ne touche que la part électrique du calcul. Si votre chauffage et votre eau chaude sont au gaz ou au fioul, l'attestation gratuite existe bien mais ne changera quasiment jamais votre classe : seule votre part électrique résiduelle (éclairage, ventilation, auxiliaires) profite du nouveau coefficient, un poids trop faible pour faire franchir un seuil.
Pour les DPE valides réalisés entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2025, le site de l'ADEME délivre gratuitement une attestation de nouvelle étiquette, à partir du numéro à 13 caractères inscrit en haut à droite de votre rapport. Cette attestation remplace l'étiquette d'origine du DPE, conserve les mêmes données techniques (déperditions, recommandations de travaux) et reste valable jusqu'à la date de fin de validité du DPE initial (10 ans à compter de sa réalisation). Aucun logement ne voit sa classe se dégrader avec ce mécanisme. Juridiquement, elle a la même force que le DPE d'origine et s'utilise pour la vente comme pour la location. Concrètement, l'attestation ne remplace pas le DPE lui-même : c'est le duo (DPE + attestation) qui doit être présenté à l'acheteur ou au locataire. Sans téléchargement de l'attestation, c'est le DPE initial qui continue de faire foi. À noter : si votre DPE date d'avant le 1er juillet 2021, il n'est plus valable depuis le 1er janvier 2025 et l'attestation n'est pas disponible. Il faut un nouveau DPE.
Cas particulier des petites surfaces. Pour les logements de 40 m² ou moins, une première attestation existe depuis le 1er juillet 2024, suite à l'arrêté du 25 mars 2024 qui a corrigé un biais pénalisant ces logements dans le calcul (les besoins en eau chaude sanitaire évoluant peu avec la surface). Une seconde attestation, publiée depuis janvier 2026, combine ce correctif petites surfaces et le nouveau coefficient électricité. Si vous êtes dans cette configuration, c'est cette attestation combinée qu'il faut télécharger.
Vous voilà au clair sur l'origine des deux lettres. Reste la vraie question, celle qui vous a probablement amené ici : laquelle compte légalement.
C'est la classe finale, celle affichée en gros sur la première page, qui engage le propriétaire. Pas l'étiquette énergie prise isolément, pas l'étiquette climat prise isolément.
Le DPE est opposable depuis le 1er juillet 2021 (loi ELAN de 2018). Concrètement, la classe finale est celle qui doit figurer sur l'annonce immobilière, qui s'annexe au compromis de vente, qui détermine si un bail peut être signé ou renouvelé, et qui déclenche les obligations de la loi Climat et Résilience. Une annonce qui mentionnerait l'étiquette énergie seule à la place de la classe finale tombe sous l'obligation d'affichage du DPE : la DGCCRF peut prononcer une amende administrative pouvant aller jusqu'à 3 000 € pour un particulier et 15 000 € pour une personne morale. Si la formulation est jugée trompeuse pour l'acheteur ou le locataire, le délit de pratique commerciale trompeuse expose à des sanctions pénales bien plus lourdes (jusqu'à 2 ans de prison et 300 000 € pour une personne morale).
Pour la location, le calendrier de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a verrouillé les passoires thermiques (logements classés F ou G) par paliers successifs.
| Classe finale | Location possible (métropole) | Loyer révisable | Audit énergétique obligatoire en vente (maison ou immeuble en monopropriété) |
|---|---|---|---|
| G | Non, depuis le 1er janvier 2025 | Non, gel depuis le 24 août 2022 | Oui, depuis le 1er avril 2023 |
| F | Oui jusqu'au 31 décembre 2027, non à partir du 1er janvier 2028 | Non, gel depuis le 24 août 2022 | Oui, depuis le 1er avril 2023 |
| E | Oui jusqu'au 31 décembre 2033, non à partir du 1er janvier 2034 | Oui, sous réserve de l'encadrement des loyers en zone tendue | Oui, depuis le 1er janvier 2025 |
Le calendrier est décalé en Outre-mer : interdiction des G au 1er janvier 2028, des F au 1er janvier 2031. Important à savoir : l'interdiction ne ferme pas un bail en cours, elle se déclenche au moment où vous renouvelez ou laissez le bail se reconduire tacitement. Concrètement, un bail signé en 2024 sur un logement classé G peut aller jusqu'à son terme, mais ne pourra ni se reconduire ni se renouveler tel quel. Pour la vente, l'audit énergétique ne remplace pas le DPE, il s'y ajoute. Et il ne concerne pas les appartements en copropriété, seulement la monopropriété (maison individuelle ou immeuble en entier appartenant à un seul propriétaire).
Si votre DPE de 2024 affiche G mais que vous avez téléchargé une attestation ADEME en 2026 qui ressort en F, c'est l'attestation qui compte pour la suite, à condition de la joindre au dossier de vente ou de location. Vous gagnez trois ans de répit sur la location (l'interdiction des F arrive en 2028, pas en 2025), et vous sortez du gel des loyers pour les nouveaux baux. Sans rénover.
Vous savez maintenant ce qui vous engage. Pour faire bouger cette classe finale, tout dépend de l'étiquette qui la tire vers le bas : c'est elle qui dicte le levier à activer.
Avant de demander un devis, prenez 30 secondes pour identifier le problème. Si c'est l'étiquette énergie qui plombe votre classe finale, l'enjeu principal est l'isolation. Si c'est l'étiquette climat, le levier le plus puissant est le changement d'énergie de chauffage, mais l'isolation y contribue aussi, on y revient plus bas.
Côté étiquette énergie, le levier est l'enveloppe du logement. Pour une maison ancienne mal isolée (référence ADEME), la répartition typique est d'environ 30 % de déperditions par la toiture, 25 % par les murs, 20 % par la ventilation, 13 % par le vitrage, 7 % par les planchers bas et 5 % par les ponts thermiques. Dans un bâti récent ou bien isolé, l'ordre se rééquilibre : la toiture pèse beaucoup moins, la ventilation prend plus de poids. Contrairement à une idée répandue, ce ne sont pas d'abord les fenêtres qui font fuir la chaleur, c'est la toiture. À budget égal, l'isolation des combles est souvent le geste au meilleur rapport coût-impact, là où le remplacement de toutes les fenêtres représente un budget bien plus lourd pour un effet généralement moindre sur l'étiquette. L'impact réel dépend de votre logement : classe de départ, surface, parois exposées, isolation déjà en place.
Côté étiquette climat, deux leviers agissent, parce que cette étiquette se calcule en multipliant l'énergie consommée par le facteur d'émission de chaque énergie. Le premier levier est le type d'énergie utilisée pour le chauffage et l'eau chaude : sortir du fioul (324 g de CO₂ par kWh) ou du gaz (227 g) au profit d'une pompe à chaleur (l'électricité française est comptée à environ 79 g dans le DPE, et le rendement de la pompe ramène ce chiffre à 20-25 g par kWh de chaleur restituée), d'un chauffage au bois (30 g) ou d'un réseau de chaleur urbain selon sa composition, peut diviser les émissions par plusieurs fois, jusqu'à dix ou plus dans le cas fioul vers pompe à chaleur. C'est le levier le plus puissant sur cette étiquette. Le second levier est l'isolation : en réduisant la quantité d'énergie consommée, elle réduit d'autant les émissions, même si l'énergie reste la même. Ce qui reste vrai, c'est qu'à consommation égale, un logement au fioul aura toujours une étiquette climat plus dégradée qu'un logement électrique.
Le piège classique consiste à actionner un seul levier sans regarder l'autre. Une pompe à chaleur posée dans une maison aux murs froids et aux fenêtres simples voit son rendement réel s'effondrer, et la facture d'électricité grimper. C'est comme chauffer la maison fenêtres ouvertes : peu importe la puissance du chauffage, ça part par les murs. À l'inverse, une isolation poussée sur un logement chauffé au fioul fait baisser la consommation et les émissions, mais laisse l'étiquette climat plombée par le facteur d'émission du fioul, qui restera toujours plus élevé que celui de l'électricité. Dans les deux cas, vous avez engagé un chantier coûteux pour un résultat en deçà de ce que le même budget aurait permis avec la bonne combinaison.
En maison individuelle, vous décidez seul. En copropriété, l'enveloppe (toiture, façade, fenêtres parfois) relève des parties communes : c'est l'assemblée générale qui vote les travaux d'isolation, à des majorités qui dépendent du type de chantier. Le changement de chauffage individuel reste à votre main pour votre lot, à une réserve près : une pompe à chaleur dont l'unité extérieure se fixe sur une façade, un balcon ou une toiture commune nécessite elle aussi un vote en AG. Le passage à un chauffage collectif décarboné, comme une pompe à chaleur d'immeuble ou un raccordement à un réseau de chaleur, suppose là encore un vote en AG.
Chez Le Bon Scénario, on observe que la plupart des erreurs de rénovation viennent d'un arbitrage fait sans regarder l'ensemble : un devis isolation lancé sans avoir vérifié ce que donnerait un changement d'énergie, ou une pompe à chaleur installée dans un logement dont l'enveloppe fuit. C'est là qu'une étude énergétique prend son sens : un audit réglementaire si vous visez MaPrimeRénov' Parcours accompagné ou si vous vendez une maison classée E, F ou G ; sinon, notre Plan de Performance Énergétique (PPE, à partir de 790 € selon la surface et la complexité du logement), qui livre trois scénarios de rénovation chiffrés, chacun avec la classe DPE estimée après travaux, calibrés sur votre projet réel (revente, location, baisse de facture, confort d'été). C'est cette étape de cadrage qui permet de savoir, pour votre logement précis, quelle combinaison de travaux fait réellement franchir un seuil, plutôt que de le découvrir après le chantier.