Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité dans le DPE est passé de 2,3 à 1,9, et plusieurs centaines de milliers de logements sortent du statut de passoire thermique sans qu'un coup de pinceau ait été donné. Si votre bien est chauffé à l'électricité, une attestation gratuite à télécharger sur le site de l'ADEME peut suffire à repousser l'échéance d'interdiction de location qui vous concerne, sous certaines conditions, et à débloquer la révision du loyer dans des conditions encore débattues. S'il est chauffé au gaz, au fioul ou au bois pour le chauffage et l'eau chaude, la réforme ne change quasiment rien pour vous, seule votre part électrique résiduelle (éclairage, ventilation, auxiliaires) en profitant avec un poids trop faible pour faire bouger la classe, et le calendrier 2025-2034 s'applique sans variation. Voici, profil par profil, ce que ça change concrètement et l'action qui se présente devant vous.
La réforme tient en une ligne. Le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul du DPE est passé de 2,3 à 1,9, par l'arrêté du 13 août 2025, publié au Journal officiel le 26 août 2025. Concrètement, pour chaque kilowattheure d'électricité consommé chez vous, le DPE comptabilise désormais 1,9 kWh d'énergie primaire au lieu de 2,3, soit une baisse mécanique d'environ 17 % de la consommation théorique des logements tout-électriques, sans qu'aucun travaux n'ait été réalisé.
Cette baisse n'est pas une faveur politique mais un alignement sur la valeur européenne par défaut. L'idée est de cesser de pénaliser l'électricité française, largement décarbonée, autant que le gaz ou le fioul importés.
Le gouvernement avait initialement estimé que 850 000 logements sortiraient ainsi du statut de passoire thermique (communiqué du ministère de l'Économie, 26 août 2025), sur les 4,8 millions de passoires recensées au 1er janvier 2023. Cette estimation a depuis été ramenée à environ 700 000 résidences principales par le service statistique du ministère (SDES, novembre 2025).
Un point à retenir avant tout le reste : aucun logement ne voit son étiquette baisser à cause de cette réforme. Soit votre bien gagne une classe, le cas le plus fréquent, soit deux si vous frôliez déjà deux seuils consécutifs, un cas rare, soit il ne bouge pas. Reste à savoir dans quel cas vous êtes.
Avant de plonger dans les conséquences, vous avez besoin de savoir si cette réforme vous concerne réellement. Deux questions suffisent à trancher.
Première question : quel est le mode de chauffage principal du logement ? Si c'est de l'électricité, vous êtes potentiellement concerné. Cela inclut les convecteurs, les panneaux rayonnants, une pompe à chaleur air-air ou air-eau, ou un chauffe-eau électrique. Si c'est du gaz, du fioul, du bois ou un raccordement à un réseau de chaleur, la réforme ne touche presque pas votre DPE : le coefficient de ces énergies reste à 1, seule votre part électrique résiduelle (éclairage, ventilation, auxiliaires) profitant du nouveau coefficient, avec un poids trop faible pour faire bouger la classe.
Deuxième question : votre DPE actuel a-t-il été réalisé après le 1er juillet 2021 ? Si oui, vous pouvez obtenir gratuitement une attestation de nouvelle étiquette en ligne. Si non, votre DPE n'est de toute façon plus valable depuis le 1er janvier 2025 et il faudra en refaire un complet.
Une troisième vérification s'impose, plus discrète. Pour qu'un logement chauffé à l'électricité change effectivement de classe, sa classe finale ne doit pas être tirée vers le bas par l'étiquette climat. La réforme ne touche que l'étiquette énergie, pas l'étiquette climat. En pratique, ce cas est extrêmement rare pour un logement électrique : l'électricité française étant peu carbonée grâce au nucléaire, c'est presque toujours l'étiquette énergie qui pénalise, pas l'étiquette climat. Un logement dont la classe globale serait dictée par les émissions de CO₂ malgré un chauffage électrique reste une exception.
Voici comment se positionner en quelques secondes :
| Votre situation | La réforme vous concerne ? | Ce que vous pouvez faire |
|---|---|---|
| Chauffage électrique, DPE après le 1er juillet 2021, classe limitée par l'énergie | Oui | Télécharger l'attestation gratuite sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME |
| Chauffage électrique, mais classe finale dictée par l'étiquette climat (cas extrêmement rare) | Non, pas d'amélioration mécanique | Travaux ciblés pour faire baisser les émissions de CO₂ |
| Chauffage électrique, DPE avant juillet 2021 | Le DPE est expiré | Refaire un DPE complet, qui intégrera directement le nouveau coefficient |
| Chauffage gaz, fioul ou bois | Non | Anticiper un plan de travaux pour les échéances 2028 ou 2034 |
| Petite surface (moins de 40 m²) chauffée à l'électricité | Oui, gain souvent supérieur | Cumul possible avec la réforme petites surfaces de juillet 2024 |
Pour donner un ordre d'idée, environ 23 % des logements gagnent au moins une classe au DPE avec la réforme, et cette proportion grimpe à 41 % pour les logements de surface inférieure ou égale à 40 m² (analyse SDES, novembre 2025, et étude Casam sur 9 105 DPE issus de l'open data ADEME). 91 % des logements reclassés sont chauffés à l'électricité. Si vous louez un studio ou un T2 parisien aux convecteurs, vous êtes statistiquement le profil le plus gagnant.
Si vous êtes en copropriété avec un chauffage collectif au gaz, la réforme du coefficient électricité ne touche pas votre DPE individuel. Vos leviers restent les travaux sur les parties privatives (fenêtres, isolation murs et plafond) et la décision collective de l'immeuble sur le chauffage. Pour les autres, passons aux conséquences réelles.
Si votre bien est reclassé, trois leviers se débloquent en cascade. Aucun n'est anodin, et aucun n'efface complètement la trajectoire de fond. Voyons-les un par un.
Premier levier : la sortie possible de l'échéance d'interdiction de location qui vous concerne. Un G qui passe en F sort de l'interdiction du 1er janvier 2025 et redevient louable jusqu'à l'échéance F prévue pour 2028. Un F qui passe en E sort de l'échéance 2028 et tient jusqu'en 2034. Et un G qui passe directement en E, ce qui arrive sur de petites surfaces tout-électrique bien placées dans leur classe, saute deux échéances d'un coup. Tout cela sous réserve que la classe finale ne soit pas bloquée par l'étiquette climat. Ce n'est pas une dispense de travaux à long terme, c'est un sursis : la consommation réelle du logement n'a pas changé, et l'échéance suivante finira par tomber.
Deuxième levier : la possible fin du gel des loyers. Depuis le 24 août 2022 (loi Climat et Résilience, article 159), les loyers des logements classés F ou G sont gelés : pas de révision annuelle selon l'IRL, pas de hausse au renouvellement du bail, pas de réévaluation à la relocation. Un reclassement vers E ou mieux pourrait mettre fin à ce gel, et permettre à nouveau la révision annuelle à la date d'anniversaire du bail.
Sur ce point, la règle n'est pas aussi tranchée que la baisse du coefficient le laisse penser. L'arrêté du 13 août 2025 ne dit rien sur les baux en cours, et les positions du secteur divergent. Plusieurs syndicats professionnels (SNPI), administrateurs de biens à l'échelle nationale et guides juridiques de référence considèrent que l'attestation suffit à mettre fin au gel et autorise la révision à la prochaine date d'anniversaire du bail. À l'inverse, l'ANIL et plusieurs juristes spécialisés jugent risquée la « renaissance » d'une clause d'indexation réputée non écrite pendant que le logement était classé F ou G, en particulier pour les baux signés entre le 24 août 2022 et le 31 décembre 2025. Une question écrite déposée à l'Assemblée nationale en février 2026 demande au ministre de trancher, mais la réponse n'est pas publiée à ce jour. Tant que la jurisprudence n'a pas statué, la prudence s'impose : si vous engagez une indexation sur la base de l'attestation, documentez précisément votre raisonnement et anticipez un éventuel litige. Le projet d'arrêté initial prévoyait d'ailleurs que l'attestation ne pourrait être utilisée sur un bail en cours qu'au renouvellement ou à la reconduction tacite, mais cette disposition a été retirée du texte final, ce qui alimente l'incertitude.
Un point factuel à ne pas escamoter : les révisions non opérées entre 2022 et 2025 ne se rattrapent en principe pas rétroactivement sur les loyers déjà encaissés. Selon les positions retenues par certains syndicats professionnels, une indexation non encore prescrite (moins d'un an depuis la date d'anniversaire) peut toutefois être appliquée à compter de l'attestation. La nouvelle hausse, si elle est validée juridiquement, se calcule sur la base de l'IRL le plus récent publié par l'INSEE, soit 146,60 au premier trimestre 2026, en hausse de 0,78 % sur un an.
Troisième levier : la valeur locative et l'attractivité du bien. Une meilleure étiquette rend l'annonce plus lisible et rassure les candidats sur les charges. C'est un plus, mais il faut rester honnête avec soi-même : la consommation réelle du logement n'a pas baissé d'un kilowattheure, et un locataire averti le constate à la première facture d'hiver. L'attestation améliore le document, pas le confort.
Sur ces trois leviers, le reclassement change donc beaucoup pour le bailleur sur le plan juridique et financier, et rien sur le plan énergétique. Reste maintenant la question pratique : comment l'obtenir. Et avant ça, ce qui s'applique pour les bailleurs que la réforme ne touche pas.
Si vous chauffez au gaz, au fioul ou au bois pour le chauffage et l'eau chaude, l'attestation gratuite existe bien mais ne changera quasiment rien dans votre cas : seule votre part électrique résiduelle (éclairage, ventilation, auxiliaires) profite du nouveau coefficient, avec un poids trop faible pour faire bouger la classe, et votre DPE reste pour l'essentiel tel quel. Inutile de vérifier en ligne en espérant un miracle, votre marge de manœuvre se trouve ailleurs.
Le calendrier d'interdiction de location s'applique à votre bien sans variation. En France métropolitaine, les G sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2025 (nouveaux baux, renouvellements, reconductions tacites), les F le seront au 1er janvier 2028, les E au 1er janvier 2034. En Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte), le calendrier est plus tardif : G en 2028, F en 2031. Le gel des loyers F et G reste actif pour vous, et l'audit énergétique réglementaire reste obligatoire pour vendre un bien classé E, F ou G en monopropriété (depuis avril 2023 pour les F et G, depuis janvier 2025 pour les E).
Ce qui débloque vraiment votre situation, c'est un saut de classe par les travaux. Pas forcément le grand chantier que vous imaginez : passer de G à F ou de F à E suffit déjà à sécuriser la location pour plusieurs années, et ce gain se joue souvent sur une combinaison de gestes ciblés (isolation des combles, remplacement du système de chauffage, ventilation) plutôt que sur une démolition complète.
Côté financement, plusieurs leviers tiennent debout en 2026 : MaPrimeRénov' (réouverte le 23 février 2026 après une suspension liée au retard budgétaire) avec le Parcours par geste ou le Parcours accompagné, l'éco-PTZ (Éco-prêt à taux zéro), les CEE (Certificats d'Économies d'Énergie), et le déficit foncier majoré jusqu'à 21 400 € par an imputable sur le revenu global (au lieu de 10 700 €) pour les travaux de rénovation énergétique faisant passer un logement classé E, F ou G en classe A, B, C ou D. Ce dispositif a été prorogé jusqu'au 31 décembre 2027 par la loi de finances pour 2026. Le détail de ces aides dépasse le cadre de cet article, mais l'enveloppe disponible peut couvrir une part substantielle du chantier.
Si vous hésitez sur la séquence de travaux à engager, c'est-à-dire ce qui apporte vraiment une classe DPE sans tout refaire, c'est précisément le travail d'arbitrage qui se joue en amont des premiers devis, un cadrage qui regarde l'ensemble du bâti avant de toucher à une pièce. Mais avant d'en arriver là, si votre bien est éligible à la réforme, voyons comment décrocher l'attestation.
Si vous êtes dans le bon profil (chauffage électrique, DPE postérieur au 1er juillet 2021, classe limitée par l'énergie), la procédure est entièrement en ligne, gratuite, et prend moins de cinq minutes. Voici le déroulé.
Étape 1 : retrouver votre numéro ADEME à 13 chiffres. Il figure en première page de votre DPE, généralement en en-tête, sur le rapport remis par le diagnostiqueur. Sans ce numéro, le DPE n'a pas de valeur officielle et l'attestation ne peut pas être générée.
Étape 2 : aller sur observatoire-dpe-audit.ademe.fr. C'est le site officiel de l'ADEME et la seule plateforme qui délivre l'attestation. Méfiez-vous des sites tiers qui proposent le service contre paiement, c'est gratuit et exclusivement via l'ADEME.
Étape 3 : saisir votre numéro à 13 chiffres dans le champ prévu, puis lancer la recherche. Le système recalcule automatiquement l'étiquette avec le coefficient 1,9.
Étape 4 : vérifier que la fiche affichée correspond bien à votre logement (adresse, surface, mode de chauffage). Cette vérification évite les confusions classiques quand un même propriétaire a plusieurs DPE pour plusieurs biens, ou quand un diagnostic a circulé en plusieurs versions.
Étape 5 : télécharger l'attestation et la conserver avec votre DPE initial. Point important : l'attestation ne remplace pas le DPE, elle s'y ajoute. C'est le couple DPE initial + attestation qui doit être joint à toute annonce, tout bail, toute reconduction, et tout dossier de vente. L'attestation ne remet pas en cause les données d'entrée du DPE (surface, isolation, système de chauffage relevés sur place), elle se borne à tirer les conséquences du nouveau coefficient sur la classe finale.
L'attestation reste valable jusqu'à la date de fin de validité du DPE initial, c'est-à-dire pour le temps qui restait à courir sur les 10 ans depuis la réalisation du diagnostic. Et si vous ne faites rien, le DPE initial reste valable : rien n'est automatique, c'est au bailleur d'aller chercher son attestation. Aucun service de l'État ne le fera à votre place.
Maintenant que vous avez le mécanisme et la procédure, voici trois erreurs concrètes que l'on voit déjà tourner sur le terrain. Aucune n'est dramatique si on l'évite à temps, toutes coûtent du temps et de la sérénité si on les laisse s'installer.
Premier piège : annoncer une étiquette améliorée sans avoir téléchargé l'attestation. Si votre annonce mentionne « DPE E » alors que le document en main affiche encore F, vous vous exposez à une contestation côté locataire ou acquéreur, et au risque de publicité trompeuse. Le DPE est opposable depuis le 1er juillet 2021 : ce qui est inscrit engage la responsabilité du bailleur. L'attestation est la pièce justificative qui valide la nouvelle classe, sans elle, l'étiquette officielle reste celle du DPE initial. Pensez aussi à ce que vos annonces affichent les mentions obligatoires : classe énergie, classe climat, montant estimé des dépenses annuelles, et la mention « logement à consommation énergétique excessive » si le bien est encore classé F ou G.
Deuxième piège : compter sur la réforme pour ne plus rien faire à long terme. Un logement reclassé n'est pas un logement rénové. La facture du locataire ne baisse pas, le confort thermique non plus, et l'échéance E de 2034 finira par tomber. Les bailleurs prévoyants utilisent ces années de sursis pour planifier les travaux dans de bonnes conditions, en mobilisant les aides dans un calendrier maîtrisé, plutôt que dans l'urgence trois mois avant l'échéance. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire que d'attendre la dernière minute.
Troisième piège : confondre votre DPE individuel et le DPE collectif de l'immeuble si vous louez un appartement en copropriété. Pour la location, c'est bien le DPE individuel de votre logement qui s'applique, et c'est lui qui peut bénéficier de l'attestation 2026. Le DPE collectif de l'immeuble suit une logique distincte, avec son propre calendrier et ses propres obligations pour le syndicat des copropriétaires. Depuis le 1er janvier 2026, il s'étend d'ailleurs aux copropriétés de moins de 50 lots en métropole. Ne pas mélanger les deux évite des malentendus avec votre syndic et des annonces mal calibrées.