En 2026, à isolation égale, un logement chauffé à l'électricité obtient en général un meilleur DPE qu'un logement équivalent chauffé au gaz. La raison tient en un chiffre : depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité est passé de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025), ce qui réduit mécaniquement la consommation affichée en énergie primaire pour les logements électriques. Mais la réponse bascule dans certains cas : un logement au gaz bien isolé, équipé d'une chaudière condensation récente, peut rester en C ou D, là où un logement tout électrique mal isolé restera en E ou F.
Si vous avez entendu parler de la "réforme du DPE 2026" sans très bien savoir ce qu'elle change pour vous, voilà la mécanique en clair. Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient qui convertit l'électricité consommée en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025, publié au Journal officiel du 26 août 2025). Pour le gaz, le bois et le fioul, ce coefficient reste à 1, parce que ces énergies sont directement livrées et brûlées dans le logement.
Concrètement, pour un logement tout électrique, la consommation d'énergie primaire affichée sur le DPE baisse mécaniquement d'environ 17 %. Votre facture d'électricité ne bouge pas d'un centime, votre logement n'est pas mieux isolé, mais sur le papier il consomme moins. Un peu comme si l'administration changeait l'unité d'un examen, sans que la copie ait été modifiée : la note finale s'améliore, alors que la performance réelle est la même.
Pour un logement mixte (chauffage gaz et eau chaude électrique via un ballon classique ou thermodynamique), seule la part électrique du calcul bénéficie du nouveau coefficient. Le gain de classe reste donc modeste, puisque l'essentiel de la consommation continue d'être comptée à 1.
L'impact, à l'échelle du parc français, est massif. Selon les estimations officielles, entre 700 000 et 850 000 logements chauffés à l'électricité sortent du statut de passoire thermique (logements classés F ou G) grâce à ce seul changement de calcul, l'estimation initiale de 850 000 ayant été réévaluée à environ 700 000 par le SDES en novembre 2025. Les principaux bénéficiaires sont les petits appartements tout électrique, chauffage et eau chaude confondus, là où la part de l'électricité dans la consommation totale est maximale.
Ce qu'il faut retenir avant d'aller plus loin : la réforme améliore la note des logements chauffés à l'électricité, sans dégrader celle des logements au gaz. Mais cette amélioration ne joue que sur l'étiquette énergie. Et c'est là que le gaz reste piégé.
Beaucoup de propriétaires découvrent leur DPE en pensant que la lettre affichée traduit leur consommation. C'est vrai, mais à moitié seulement. Depuis la réforme du 1er juillet 2021, le DPE est un document qui contient deux étiquettes : une étiquette énergie (kilowattheures d'énergie primaire par mètre carré et par an) et une étiquette climat (kilogrammes de CO₂ par mètre carré et par an). La classe finale du DPE retient la plus mauvaise des deux (arrêté du 31 mars 2021). Un peu comme un bulletin scolaire qui serait calé sur votre plus mauvaise matière, peu importe les autres.
C'est exactement le piège du gaz. Brûler du gaz naturel émet 227 g de CO₂ par kilowattheure d'énergie finale, selon les coefficients officiels utilisés dans le calcul DPE (arrêté du 31 mars 2021, annexe). Pour l'électricité utilisée en chauffage, le facteur retenu est de 79 g de CO₂ par kilowattheure (méthode mensualisée par usage, ADEME). À consommation égale, un logement au gaz émet donc près de trois fois plus de CO₂ qu'un logement électrique. Et la réforme 2026 ne corrige rien de ce côté, elle ne touche que l'énergie primaire.
Voici comment ces émissions se traduisent sur l'étiquette climat, avec les seuils officiels pour les logements de plus de 40 m² situés à moins de 800 mètres d'altitude.
| Classe climat | Émissions (kg CO₂/m²/an) | Type de chauffage typique pour cette classe |
|---|---|---|
| A | ≤ 6 | Pompe à chaleur dans un logement BBC |
| B | 7 à 11 | PAC ou bois dans un logement bien isolé |
| C | 12 à 30 | Électricité performante, bois, PAC en logement moyen |
| D | 31 à 50 | Gaz dans un logement bien isolé |
| E | 51 à 70 | Gaz dans un logement moyennement isolé |
| F | 71 à 100 | Fioul, ou gaz dans un logement mal isolé |
| G | > 100 | Fioul dans un logement mal isolé |
Lecture concrète : un logement moyen au gaz émet en général entre 40 et 55 kg de CO₂ par mètre carré et par an, ce qui le place côté climat en D ou en E. Si son étiquette énergie est meilleure que ça, par exemple en C ou en D, c'est l'étiquette climat qui fixe la classe finale. Et c'est elle qui peut faire basculer le bien dans le statut de passoire thermique, alors même que sa consommation reste modérée.
Cas particulier en copropriété : si votre chauffage est collectif au gaz, vous n'avez pas la main individuelle sur le système. Le seul levier individuel reste l'isolation de votre lot (murs donnant sur l'extérieur, fenêtres, plancher bas si vous êtes en rez-de-chaussée). Le levier collectif, lui, passe par une décision d'assemblée générale : raccordement à un réseau de chaleur urbain, passage en PAC collective, ou bouquet de travaux d'isolation de l'immeuble. Le DPE collectif de l'immeuble, désormais obligatoire pour toutes les copropriétés à permis antérieur au 1er janvier 2013, oriente les décisions votées en AG sans déclencher pour autant d'interdiction de location sur les lots individuels : c'est bien le DPE individuel qui fait foi pour chaque appartement.
Ce qu'il faut garder en tête : ce n'est pas votre consommation qui vous classe en passoire, c'est la pire de vos deux étiquettes. Et le gaz, en 2026, perd plus souvent sur le climat que sur l'énergie.
Avant de conclure que le gaz est devenu une mauvaise affaire, prenons le temps de regarder ce qui se passe quand l'isolation est correcte. Un appartement bien isolé, équipé d'une chaudière gaz à condensation récente, affiche typiquement 150 à 180 kWhEP/m²/an et 35 à 45 kg de CO₂/m²/an. Côté énergie comme côté climat, le logement reste en C ou en D solide, sans dissonance entre les deux étiquettes. Le gaz, ici, ne plombe rien.
Le facteur décisif n'est donc pas le type d'énergie pris isolément. C'est la combinaison entre la qualité du bâti (isolation des murs, qualité des fenêtres, étanchéité à l'air, traitement des ponts thermiques) et la performance du système de chauffage. Un appartement parisien des années 70 avec des murs non isolés sera mal classé qu'il soit au gaz ou à l'électrique. La différence, en 2026, c'est que l'électrique bénéficie d'un coup de pouce réglementaire que le gaz n'a pas.
Autre cas où le gaz tient bon : la chaudière gaz à très haute performance énergétique (THPE) couplée à une isolation correcte. L'efficacité énergétique saisonnière (ETAS) de ces modèles dépasse 92 %, contre 80 à 90 % pour une chaudière standard, les émissions diminuent, l'étiquette énergie s'améliore. Ce n'est pas le scénario qui fait gagner deux classes, c'est plutôt le scénario qui sauve un logement à 5 kWh près de la bascule en classe inférieure.
Chez Le Bon Scénario, on observe deux choses sur le terrain. La première, c'est que les propriétaires d'un logement au gaz pensent souvent qu'ils doivent absolument quitter cette énergie en 2026, alors que ce changement n'est pas toujours adapté à leur situation. La seconde, c'est que les acheteurs sur-pondèrent la lettre du DPE et sous-évaluent la consommation réelle, exprimée en énergie finale, qui est celle qu'ils paieront tous les mois.
Dit autrement : un gaz bien posé dans un bon bâti reste un choix défendable, à condition de ne pas confondre la note de l'élève et son niveau réel.
Vous avez la mécanique. Reste à la traduire dans votre cas. Cinq situations couvrent l'essentiel des configurations.
Pas d'urgence à changer quoi que ce soit. Vos deux étiquettes sont probablement cohérentes, votre logement n'est pas une passoire, vous n'êtes pas concerné par le calendrier d'interdiction de location. Le bon moment pour arbitrer, c'est la fin de vie naturelle de votre chaudière (15 à 20 ans selon le modèle et l'entretien). Profitez-en pour faire chiffrer une pompe à chaleur en alternative au remplacement à l'identique, c'est le moment où le différentiel d'investissement est le plus faible.
Ouvrez votre DPE et regardez laquelle des deux étiquettes vous pénalise. Si l'étiquette climat est la plus mauvaise, et que vos émissions dépassent 50 kg de CO₂ par mètre carré et par an, l'isolation seule ne fera pas tomber la classe finale. Le levier principal devient le remplacement du système de chauffage. Une pompe à chaleur air-eau peut faire gagner 1 à 2 classes en remplacement d'une chaudière gaz ou fioul ancienne, selon l'état initial du bâti. Et le nouveau coefficient 1,9 amplifie le gain sur l'étiquette énergie, puisque vous basculez d'une énergie comptée à 1 vers une énergie comptée à 1,9.
Si l'étiquette énergie est la plus mauvaise, c'est l'isolation qui doit primer (toiture, murs, fenêtres, plancher bas). Agir sur le mauvais levier, c'est risquer de dépenser beaucoup pour ne pas bouger la classe qui vous bloque.
L'attestation gratuite de l'ADEME, elle, ne changera rien à votre cas : elle ne corrige que la part de consommation liée à l'électricité, dont vous n'avez pas l'usage en chauffage. Et si vous comptez mobiliser MaPrimeRénov' Parcours accompagné, sachez que l'installation d'un chauffage gaz est exclue du dispositif à partir du 1er septembre 2026 : la PAC ou le réseau de chaleur deviennent les voies principales.
Rappel utile pour la suite : les loyers des F et G sont gelés depuis le 24 août 2022 (loi Climat et Résilience, article 159), ni augmentation au renouvellement, ni indexation, ni réévaluation à la relocation, ni complément de loyer en zone d'encadrement. Et un G ne peut plus être loué dans un nouveau bail depuis le 1er janvier 2025, un F suivra au 1er janvier 2028. Les baux en cours peuvent se poursuivre jusqu'à leur terme : l'interdiction joue à la signature d'un nouveau bail, au renouvellement ou à la reconduction tacite.
Avant d'envisager des travaux, vérifiez d'abord ce que donne le nouveau calcul sur votre logement. Rendez-vous sur le site de l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME (observatoire-dpe-audit.ademe.fr), saisissez le numéro à 13 chiffres de votre DPE (vous le trouvez en haut à droite du document), et la plateforme génère une attestation officielle gratuite avec votre nouvelle classe si elle s'améliore. L'attestation remplace l'étiquette d'origine, conserve la même date de fin de validité que votre DPE initial, et s'utilise en vente comme en location. Pas de visite, pas de diagnostiqueur, pas de frais.
L'attestation est disponible pour tous les DPE réalisés entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2025. Un studio qui passe de F à E grâce au nouveau calcul gagne six ans sur le calendrier d'interdiction de location, l'échéance bascule du 1er janvier 2028 au 1er janvier 2034. Mais votre logement n'est pas mieux isolé qu'hier : votre facture de chauffage, elle, n'en sera pas modifiée.
Regardez trois choses, dans cet ordre. La classe DPE finale, parce qu'elle conditionne la location et la revente. La consommation en énergie finale (kWhEF/m²/an), parce que c'est elle qui détermine ce que vous paierez tous les mois, pas l'énergie primaire affichée en gros sur l'étiquette. Et l'isolation réelle, qui se lit dans les recommandations de travaux du DPE et dans la fiche descriptive du bâti.
À isolation égale, un logement tout électrique avec PAC donne en général un meilleur DPE qu'un équivalent gaz, surtout en zone climatique tempérée et avec une PAC bien dimensionnée. Mais un logement au gaz bien isolé peut être un meilleur investissement qu'un logement électrique mal isolé, parce que les travaux pour rattraper l'isolation coûtent toujours plus cher que ceux pour changer un système de chauffage.
Ouvrez le DPE et identifiez laquelle des deux étiquettes vous bloque, c'est ce diagnostic qui détermine la nature des travaux à prioriser. Si vous êtes en F à cause d'une étiquette climat catastrophique liée au gaz, isoler votre logement dans un premier temps suffira probablement à vous faire sortir du statut de passoire avant le 1er janvier 2028. Mais pour aller plus loin et vous libérer des contraintes règlementaires, vous devrez par la suite changer votre système de chauffage. À anticiper aussi pour une éventuelle vente : pour une monopropriété (maison individuelle ou immeuble entier détenu par un seul propriétaire) classée E, F ou G, un audit énergétique réglementaire est obligatoire en plus du DPE.
Si vous êtes au tout électrique avec un DPE d'avant 2026, commencez par l'attestation gratuite décrite plus haut, elle peut vous faire gagner six ans de tranquillité sans engager un euro de travaux.
En copropriété avec chauffage collectif gaz, le sujet sort du périmètre individuel. Il devient un sujet d'assemblée générale, et le DPE collectif de l'immeuble pèsera sur les décisions de travaux. Anticiper de 12 à 18 mois est rarement de trop, le temps de faire chiffrer les scénarios et de les présenter au syndic.
À mi-mai 2026, un projet de loi "Relance logement" propose un sursis pour les F et G sous condition d'engagement de travaux dans 3 à 5 ans selon les cas. Tant qu'il n'est pas adopté, c'est le calendrier en vigueur qui s'applique.