Sur votre DPE, deux chiffres se croisent et se ressemblent : l'énergie primaire en kWh ep/m²/an, et l'énergie finale en kWh ef/m²/an. C'est l'énergie primaire qui pilote la classe A à G affichée sur l'étiquette, et donc l'essentiel des obligations attachées à votre logement. L'énergie finale, elle, fait foi pour un seul critère précis, celui de la décence locative (450 kWh/m²/an), et donne l'ordre de grandeur de ce que vous payez vraiment.
Voilà la réponse en trois lignes. Le reste de l'article explique pourquoi votre DPE affiche deux chiffres, lequel sert à quoi, et ce que la réforme du 1er janvier 2026 change pour les logements chauffés à l'électricité.
Quand vous ouvrez votre DPE, le chiffre en grand sur l'étiquette, celui qui vous range de A à G, est exprimé en énergie primaire. C'est la quantité d'énergie qu'il a fallu mobiliser à la source (uranium dans une centrale, gaz dans un gisement, vent dans une éolienne) pour amener 1 kWh utile jusqu'à votre logement, en tenant compte des pertes de production et de transport. Ce chiffre raconte ce que la planète a dû fournir pour vous chauffer.
L'autre chiffre est plus discret. Depuis le 1er janvier 2023, il apparaît en première page du DPE, en plus petit, sous la mention kWh e.f.. Le détail poste par poste (chauffage, eau chaude, refroidissement, éclairage, auxiliaires) est repris en page 3 dans le tableau « Montants et consommations annuelles d'énergie ». C'est l'énergie finale, celle qui sort de votre compteur ou de votre cuve, celle que votre fournisseur vous facture. Elle raconte ce que vous consommez chez vous, point.
Les deux chiffres ne mesurent donc pas la même chose. L'un regarde en amont, vers la production. L'autre regarde en aval, vers votre porte d'entrée. Et selon ce que vous cherchez à savoir, ce n'est pas le même qu'il faut regarder.
La classe affichée sur l'étiquette de votre DPE est calée sur la consommation en énergie primaire, exprimée en kWh ep/m²/an. C'est ce chiffre qui détermine la lettre, et c'est cette lettre qui pèse sur la valeur de revente, sur l'obligation d'audit énergétique avant vente (loi Climat et Résilience, art. 158, codifié à l'article L. 126-28-1 du CCH), et sur le calendrier d'interdiction de location (art. 160).
Avec une nuance que beaucoup de propriétaires découvrent tardivement : la classe finale ne dépend pas que de l'énergie primaire. Le DPE contient deux étiquettes, l'étiquette énergie (en kWh ep/m²/an) et l'étiquette climat (en kg CO₂ eq/m²/an), et la classe officielle correspond toujours à la moins bonne des deux. Concrètement, un logement chauffé au fioul peut voir sa classe finale tirée vers le bas par son étiquette climat, alors que son étiquette énergie est meilleure. C'est le cas de figure typique du chauffage fossile : chaque kWh de fioul émet 324 g de CO₂, si bien que même une consommation modérée produit une étiquette climat dégradée d'un ou deux crans par rapport à l'étiquette énergie. La classe finale retenant toujours la pire des deux, c'est alors le climat qui dicte la lettre affichée, et donc le type de levier à activer en priorité.
Voici comment les seuils se lisent :
| Classe | Énergie primaire (kWh ep/m²/an) | Émissions de GES (kg CO₂ eq/m²/an) | Statut location en métropole |
|---|---|---|---|
| A | ≤ 70 | ≤ 6 | Autorisée |
| B | 71 à 110 | 7 à 11 | Autorisée |
| C | 111 à 180 | 12 à 30 | Autorisée |
| D | 181 à 250 | 31 à 50 | Autorisée |
| E | 251 à 330 | 51 à 70 | Autorisée jusqu'au 1er janvier 2034 |
| F | 331 à 420 | 71 à 100 | Autorisée jusqu'au 1er janvier 2028 |
| G | ≥ 421 | ≥ 101 | Interdite depuis le 1er janvier 2025 |
En Outre-mer, le calendrier est décalé de trois ans : G interdit au 1er janvier 2028, F au 1er janvier 2031. Les seuils du tableau ci-dessus valent par ailleurs pour les logements de plus de 40 m² situés en dessous de 800 mètres d'altitude. Les petites surfaces et les logements en zone de montagne bénéficient de seuils ajustés.
L'énergie finale, elle, n'apparaît pas sur l'étiquette principale. Pour le classement en lui-même, elle ne compte pas. Retenez ce premier palier : la lettre que tout le monde regarde, sur les annonces et dans les actes notariés, c'est de l'énergie primaire.
Le passage de l'énergie finale (ce que vous consommez) à l'énergie primaire (ce qu'il a fallu mobiliser) se fait par un coefficient propre à chaque énergie. Et cette mécanique explique pourquoi, sur le DPE de votre voisin chauffé au gaz, les deux chiffres se ressemblent, alors que sur le vôtre chauffé à l'électricité, ils s'écartent franchement.
Pour le gaz, le bois, le fioul et le charbon, le coefficient vaut 1. Ces énergies sont brûlées directement dans le logement, sans transformation intermédiaire significative. 1 kWh consommé sur place = 1 kWh mobilisé à la source. Énergie primaire et énergie finale sont confondues.
Pour l'électricité, c'est différent. Il faut produire l'électricité dans une centrale, l'acheminer sur de longues distances, la transformer plusieurs fois avant qu'elle n'arrive à votre compteur. Ces pertes en chaîne se traduisent par un coefficient supérieur à 1. Depuis le 1er janvier 2026, ce coefficient vaut 1,9 (arrêté du 13 août 2025). Auparavant, il était de 2,3 ; et de 2,58 jusqu'au 30 juin 2021, date de la refonte du DPE. Il baissera encore : un arrêté du 19 août 2026 l'abaisse à 1,7 à compter du 1er janvier 2027.
| Énergie | Coefficient depuis 2026 | Ce que ça veut dire en pratique |
|---|---|---|
| Gaz, bois, fioul, charbon | 1 | Énergie primaire = énergie finale |
| Électricité | 1,9 (1,7 à partir du 1er janvier 2027) | 1 kWh facturé = 1,9 kWh mobilisé en amont dans le calcul du DPE |
Conséquence concrète. Si vous consommez 100 kWh ef/m²/an d'électricité pour vous chauffer, votre DPE comptabilise 190 kWh ep/m²/an pour ce poste. Si vous consommez 100 kWh ef/m²/an de gaz, le DPE compte 100 kWh ep/m²/an. C'est ce coefficient qui explique pourquoi deux logements aux consommations réelles identiques peuvent atterrir dans deux classes différentes, selon leur source d'énergie.
Premier palier de récap. La classe se lit en énergie primaire, et le coefficient transforme l'énergie finale en énergie primaire selon l'énergie utilisée. On peut maintenant passer au cas où c'est l'énergie finale qui prend le pouvoir.
Il existe une situation, et une seule, où c'est l'énergie finale qui fait foi juridiquement : la décence du logement loué. Depuis le 1er janvier 2023, un logement dont la consommation dépasse 450 kWh d'énergie finale par m² et par an est juridiquement non décent en France métropolitaine, et ne peut plus faire l'objet d'une location (décret n° 2021-19 du 11 janvier 2021). Cela vaut pour les nouveaux contrats, les renouvellements et les reconductions tacites.
Le chiffre à vérifier pour ce critère se trouve sur votre DPE sous la mention kWh e.f., pas sur l'étiquette en grand. C'est un point que beaucoup de bailleurs ratent : ils regardent la lettre, supposent que c'est elle qui pilote la décence, et passent à côté d'un seuil qui peut leur tomber dessus indépendamment de la classe.
Il faut donc tenir les deux dispositifs en parallèle, parce qu'ils coexistent sans se confondre :
Le critère par lettre (interdiction de location des passoires) repose sur la classe DPE, donc sur l'énergie primaire combinée aux GES. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être loué dans un nouveau bail ni laisser le bail actuel se reconduire tacitement. Les F suivront au 1er janvier 2028, les E au 1er janvier 2034.
Le critère de décence (seuil 450 kWh ef/m²/an) repose sur l'énergie finale. Il s'ajoute au précédent, il ne le remplace pas. Un bailleur peut être hors-la-loi parce que son DPE est G (étiquette), ou parce que sa consommation dépasse 450 kWh ef/m²/an (décence), ou les deux.
Pour un bailleur, un troisième dispositif s'ajoute aux deux précédents. Depuis le 24 août 2022, les loyers des logements F et G sont gelés en résidence principale : ni augmentation au renouvellement, ni indexation sur l'IRL, ni complément de loyer en zone tendue, ni réévaluation à la relocation. La règle vaut tant que le logement reste classé F ou G (loi Climat et Résilience, article 159).
Cas concret pour fixer les idées. Vous louez un appartement chauffé à l'électricité, classé G en énergie primaire, mais dont la consommation en énergie finale reste à 280 kWh ef/m²/an (parce que le coefficient de l'électricité fait gonfler l'énergie primaire bien plus vite que l'énergie finale). Sur le seul critère de décence, vous seriez en règle. Mais l'interdiction de relocation des G s'applique depuis le 1er janvier 2025 sur l'étiquette, et c'est elle qui ferme la porte à un nouveau bail. Conclusion : pour un bailleur, il faut vérifier les deux chiffres, pas un seul.
Précision pour les biens en copropriété. Le critère de décence s'apprécie sur le DPE du lot loué, pas sur le DPE collectif de l'immeuble. Le DPE collectif joue un autre rôle (déclenchement du plan pluriannuel de travaux notamment), mais il ne fait pas foi pour la décence du logement que vous louez.
Deuxième palier de récap. L'énergie primaire pilote la classe et l'interdiction par lettre. L'énergie finale pilote le seuil de décence à 450 kWh/m²/an. Les deux peuvent vous concerner ensemble ou séparément.
Si vous chauffez à l'électricité (convecteurs, panneaux rayonnants, radiateurs à inertie, PAC, chauffe-eau électrique ou thermodynamique), une nouvelle s'est jouée en arrière-plan le 1er janvier 2026. Le coefficient de conversion de l'électricité est passé de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025, publié au JO le 26 août 2025). C'est la mécanique vue plus haut, appliquée avec un coefficient plus bas.
Conséquence directe : la consommation en énergie primaire affichée baisse mécaniquement pour tous les logements chauffés à l'électricité, sans aucun travaux. Selon les estimations initiales du ministère de l'Économie, environ 850 000 logements devaient sortir du statut de passoire énergétique grâce à cette seule modification (communiqué du 26 août 2025) ; le service statistique du ministère (SDES) a depuis révisé cette estimation autour de 700 000 résidences principales (novembre 2025). Aucun logement ne voit sa classe se dégrader, le mécanisme ne peut qu'améliorer ou maintenir l'étiquette.
Et ce n'est pas fini : un arrêté du 19 août 2026 (publié au JO le 26 août 2026) abaissera encore le coefficient à 1,7 au 1er janvier 2027, avec le même mécanisme d'attestation gratuite sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME. Selon le dossier de consultation du ministère, 300 000 à 400 000 logements supplémentaires pourraient sortir du statut de passoire à cette occasion. Pour un propriétaire de logement électrique proche d'un seuil de classe, cette échéance mérite d'être intégrée à l'arbitrage avant de lancer des travaux.
À l'inverse, si la classe finale de votre logement est déjà tirée vers le bas par l'étiquette climat plutôt que par l'étiquette énergie, l'attestation ne fera pas bouger la lettre : la réforme ne touche que l'étiquette énergie. Le cas est rare pour un logement tout électrique, qui a généralement une bonne étiquette climat grâce au mix électrique français. Il se rencontre surtout dans les configurations mixtes, typiquement un appartement au chauffage collectif gaz ou fioul avec une eau chaude électrique : la part électrique du calcul profite bien du nouveau coefficient sur l'étiquette énergie, mais l'étiquette climat, plombée par le chauffage fossile, reste la pire des deux et continue de dicter la classe finale.
Si vous êtes concerné, voici comment vous y prendre :
Votre DPE a été réalisé entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2025. Vous pouvez récupérer une attestation gratuite sur le site de l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME. Il vous faut le numéro ADEME à 13 chiffres, en haut à droite de votre DPE. Le système recalcule l'étiquette avec le nouveau coefficient et vous délivre l'attestation. Pas de visite, pas de nouveau diagnostiqueur, pas de frais. L'attestation a la même valeur légale que le DPE original et reste valable jusqu'au terme des 10 ans de votre DPE initial. Elle peut être utilisée en vente comme en location.
Votre DPE a été édité à partir du 1er janvier 2026. Il intègre déjà automatiquement le coefficient 1,9, vous n'avez rien à faire pour l'instant. À partir du 1er janvier 2027, il pourra à son tour bénéficier d'une attestation gratuite pour être recalculé avec le coefficient 1,7.
Votre DPE date d'avant le 1er juillet 2021. L'attestation gratuite ne s'applique pas, et de toute façon ce DPE n'est plus valable depuis le 1er janvier 2025. Il faut commander un nouveau diagnostic.
Votre logement est chauffé au gaz, au fioul ou au bois pour le chauffage et l'eau chaude. L'attestation gratuite ne changera quasiment jamais votre classe. La réforme ne touche que le coefficient de l'électricité ; pour les autres énergies, le coefficient était déjà à 1 et ne bouge pas. Seule votre part électrique résiduelle (éclairage, ventilation, auxiliaires) profite du nouveau coefficient, un poids trop faible pour faire franchir un seuil. Dans l'immense majorité des cas, votre classe reste celle qui figure sur votre DPE actuel.
Deux pièges à éviter. D'abord, ne pas confondre cette réforme du DPE avec la RE2020 qui régit la construction neuve : la RE2020 conserve un coefficient de 2,3 pour l'électricité, c'est un cadre différent. Ensuite, ne pas surévaluer ce que la réforme change concrètement. Votre consommation réelle ne baisse pas d'un kWh, votre facture non plus. Seul le classement administratif évolue. Pour un bailleur, ça peut suffire à éviter une interdiction de relocation sans travaux. Pour un vendeur, ça peut peser sur la valeur affichée du bien. Mais ça ne remplace pas une rénovation thermique réelle.
Précision sur l'origine du chiffre. La France a choisi de s'aligner sur la valeur par défaut européenne (chaque État membre est libre d'en proposer une autre, à condition de la justifier).
Si vous avez un DPE en main, ouvrez-le et faites le tour des deux chiffres. La lettre en grand (énergie primaire combinée aux GES), c'est ce que regarderont l'acheteur potentiel, le futur locataire et le notaire. Le chiffre sous kWh e.f., c'est ce qui vous concerne si vous louez ou comptez louer.
Si vous êtes bailleur, vérifiez les deux dispositifs séparément. La classe DPE pour l'interdiction de location par lettre. La consommation en énergie finale pour le seuil de décence. Les deux peuvent vous tomber dessus indépendamment l'une de l'autre.
Si vous êtes propriétaire d'un logement chauffé à l'électricité avec un DPE antérieur à 2026, allez chercher l'attestation gratuite sur le site de l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME. C'est rapide à faire, c'est gratuit, et selon votre situation ça peut faire bouger votre logement d'une classe sans démarrer le moindre chantier.