Logement classé G : peut-on encore le louer en 2026 ?

Non, en principe, vous ne pouvez plus louer un logement classé G en 2026. La loi Climat et Résilience l'a rendu non décent depuis le 1er janvier 2025, ce qui ferme la porte à toute nouvelle mise en location, à tout renouvellement et à toute reconduction tacite de bail. Trois situations changent cependant la donne : un bail signé avant 2025 court jusqu'à son terme, un logement chauffé à l'électricité peut, dans certains cas, être reclassé sans travaux depuis la réforme du 1er janvier 2026, et un projet de loi annoncé le 23 avril 2026 pourrait rouvrir la location sous condition de travaux, mais il n'est pas voté.

Voilà ce qui se joue, situation par situation.

La règle en 2026 : ce qui est interdit, ce qui ne l'est pas

Votre logement est classé G. Vous voulez savoir, en clair, ce que la loi vous laisse encore faire. La règle est posée par la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 (article 160) : depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G est considéré comme non décent au sens de l'article 6 de la loi du 6 juillet 1989. C'est la formulation juridique exacte, et elle a son importance.

Non décent, ça ne veut pas dire que vous risquez une amende administrative à l'instant où vous louez. Ça veut dire que votre locataire peut saisir le juge pour faire constater l'indécence et demander des travaux, une baisse de loyer ou la suspension du paiement. Un peu comme un produit retiré de la vente : il n'y a pas un agent qui passe pour le confisquer, mais l'acheteur lésé a des recours.

Cette règle s'applique à trois moments précis : la signature d'un nouveau bail, le renouvellement formel d'un bail existant, et la reconduction tacite d'un bail arrivé à son terme. Tout ce qui se passe avant ces trois moments est régi par votre bail actuel.

Votre situation en 2026 Pouvez-vous louer ou continuer à louer ?
Vous voulez signer un nouveau bail (logement vacant, changement de locataire) Non, tant que le logement reste classé G
Votre bail arrive à terme et doit être renouvelé Non, pas de renouvellement possible si la classe n'a pas bougé
Votre bail arrive à terme et se reconduit tacitement La reconduction se fait juridiquement, mais votre logement est non décent : votre locataire peut exiger travaux, baisse ou suspension de loyer
Votre bail signé avant le 1er janvier 2025 n'est pas encore arrivé à son terme Oui, jusqu'à son terme, mais le locataire conserve ses recours

Une précision si vous êtes en Outre-mer : le calendrier est décalé. En Guadeloupe, Martinique, Guyane, à La Réunion et à Mayotte, l'interdiction de louer un G prend effet au 1er janvier 2028, et celle des F au 1er janvier 2031 (service-public.gouv.fr). En métropole, en revanche, la règle est en vigueur et c'est elle qui structure les sections qui suivent.

Reste à voir ce que ça change concrètement selon votre situation. Trois cas méritent un détour, parce qu'ils peuvent vous laisser plus de marge que la règle générale ne le laisse penser.

Votre bail est en cours : ce qui se passe au renouvellement

Vous avez signé votre bail avant 2025, votre locataire est toujours là, et vous vous dites que tout va bien jusqu'à la fin du contrat. C'est vrai, mais c'est aussi le piège dans lequel beaucoup de bailleurs tombent : la fin du bail arrive plus vite que prévu, et la bascule se fait parfois sans qu'on s'en rende compte.

Indépendamment de la non-décence qui se déclenche à l'échéance du bail, votre loyer est déjà gelé depuis le 24 août 2022 puisque le logement est classé G : pas d'indexation IRL, pas de hausse au renouvellement, pas de complément de loyer en zone tendue (loi Climat et Résilience, article 159). Le gel ne saute que si une attestation ou un nouveau DPE fait basculer le logement en classe E ou mieux.

Un bail nu d'habitation principale dure 3 ans si le bailleur est un particulier ou une SCI familiale (constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu'au 4e degré inclus), 6 ans s'il s'agit d'une autre personne morale comme une SARL ou une SCI non familiale (service-public.gouv.fr). À l'échéance, deux choses peuvent se passer : soit le bail est formellement renouvelé, soit il se reconduit tacitement parce que personne ne donne congé. Dans les deux cas, l'obligation de décence énergétique se déclenche. Si le logement est toujours classé G à ce moment-là, vous ne pouvez ni renouveler, ni laisser la reconduction se faire sans exposer votre locataire à des recours.

Concrètement : un bail signé en mars 2024 pour 3 ans arrive à terme en mars 2027. Si votre logement est toujours en G en mars 2027, la reconduction tacite déclenche le critère de non-décence. Pour rester dans les clous, il faut avoir fait les travaux qui font sortir le bien de la classe G avant cette date, ou avoir engagé une procédure qui permettra de le faire dans la foulée.

Autre point que peu de bailleurs anticipent : votre locataire n'est pas obligé d'attendre la fin du bail pour agir. Il peut, dès aujourd'hui, exiger un DPE valide et saisir le juge pour faire constater l'indécence (article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989, décret « décence » du 30 janvier 2002). Le juge peut alors ordonner des travaux, réduire le loyer, voire suspendre son paiement et la durée du bail jusqu'à mise en conformité. Le bail en cours protège donc moins qu'on ne le croit.

Si vous êtes en copropriété, une contrainte supplémentaire pèse sur vous. Vous pouvez agir seul sur les équipements qui ne touchent ni à l'aspect extérieur ni aux parties communes : chaudière individuelle, ballon d'eau chaude, isolation par l'intérieur, fenêtres remplacées à l'identique. Dès que le geste touche l'aspect extérieur (unité extérieure d'une pompe à chaleur sur balcon ou en façade, remplacement de fenêtres avec changement de matériau ou de couleur, isolation par l'extérieur, réfection de toiture), il faut passer en assemblée générale (loi du 10 juillet 1965, article 25). C'est un calendrier à connaître, parce qu'il décale d'autant la date à laquelle vous pouvez espérer sortir du statut de passoire.

Au global, la règle de prudence est simple : si votre bail arrive à terme dans les 18 prochains mois, c'est maintenant qu'il faut chiffrer une rénovation ou arbitrer une autre option, pas dans six mois.

Chauffage électrique : votre logement a peut-être quitté la classe G sans que vous le sachiez

Si votre logement est chauffé à l'électricité (convecteurs, panneaux rayonnants, plancher chauffant électrique, pompe à chaleur, eau chaude par chauffe-eau électrique), il faut absolument vérifier un point avant tout le reste. Depuis le 1er janvier 2026, la méthode de calcul du DPE a changé sur un paramètre précis, et ce changement peut faire sortir votre logement de la classe G sans que vous ayez à toucher un mur.

Le coefficient qui sert à convertir l'électricité consommée chez vous (énergie finale) en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025). Du coup, la consommation prise en compte dans le calcul du DPE tombe d'environ 17 % pour la part électrique, sans aucun changement de votre usage réel. Selon le communiqué interministériel du 26 août 2025, environ 850 000 logements sortent ainsi du statut de passoire thermique, toutes classes F et G confondues (economie.gouv.fr) ; le SDES a révisé ce chiffre autour de 700 000 résidences principales en novembre 2025, sur un parc déjà allégé par la réforme des petites surfaces de juillet 2024.

Un point important pour calmer une inquiétude légitime : aucun logement ne voit son étiquette se dégrader avec cette réforme. Soit votre classe s'améliore, soit elle reste identique. Personne ne perd au change.

L'autre point important, c'est que vous n'avez pas besoin de faire revenir un diagnostiqueur. Si votre DPE a été réalisé après le 1er juillet 2021, vous pouvez télécharger gratuitement une attestation officielle sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME. Trois étapes suffisent :

  1. Sortez votre DPE et repérez le numéro ADEME à 13 chiffres, généralement en haut à droite de la première page.
  2. Rendez-vous sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME et saisissez ce numéro.
  3. Téléchargez l'attestation, qui remplace l'étiquette d'origine et a la même valeur juridique pour la vente comme pour la location.

L'attestation conserve la durée de validité du DPE initial, qui reste de 10 ans à compter de sa date de réalisation. Vous gardez les deux documents côte à côte : le DPE d'origine et l'attestation, qui dit quelle est la nouvelle classe avec le coefficient 2026.

Trois précisions utiles. D'abord, cette réforme ne touche que l'étiquette énergie, pas l'étiquette climat. Si votre DPE est tiré vers le bas par les émissions de CO₂, le gain peut être plus limité, parce que la classe finale du DPE retient toujours la pire des deux étiquettes. Ensuite, l'attestation gratuite ne change quasiment jamais rien pour un logement chauffé au gaz ou au fioul : le coefficient de ces énergies reste à 1, et seule leur part électrique résiduelle (éclairage, ventilation, auxiliaires) profite du nouveau coefficient, avec un poids trop faible pour faire bouger la classe. Une exception plus nette, pour les logements mixtes : si vous êtes chauffé au gaz mais que votre eau chaude vient d'un ballon électrique (classique ou thermodynamique), la part électrique du calcul bénéficie davantage du nouveau coefficient. Le gain reste limité, mais peut parfois suffire à descendre d'une classe. Enfin, si votre DPE a été réalisé avant le 1er juillet 2021, il n'est plus valable depuis le 1er janvier 2025, et l'attestation n'est pas accessible : il faut refaire un nouveau DPE complet.

Avant de chiffrer le moindre travaux, c'est donc le premier réflexe : vérifier si l'attestation suffit à vous sortir de la classe G. Environ 47 % des logements chauffés à l'électricité gagnent une classe, sans que cela suffise toujours à sortir de la classe G. Pour les autres, on passe à la suite.

Le projet de loi Lecornu : ce que ça change pour vous (rien, pour le moment)

Vous avez peut-être lu, dans la presse ou sur un forum, qu'un projet de loi allait assouplir les règles de location des passoires thermiques. C'est exact, mais il vaut la peine de comprendre ce qui est prévu, et surtout ce que cela change concrètement pour vous aujourd'hui.

Le 23 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre du Logement Vincent Jeanbrun ont présenté à Marseille un projet de loi « Relance logement ». Parmi les mesures phares figure un dispositif permettant, sous certaines conditions, de maintenir ou de remettre en location un logement classé F ou G lorsque le propriétaire a engagé un processus de travaux permettant d'atteindre le niveau de performance requis. Le texte prévoit notamment des délais pouvant aller jusqu'à trois ans pour une maison individuelle et cinq ans pour un logement situé en copropriété. Le gouvernement estime que ces mesures pourraient contribuer à remettre plusieurs centaines de milliers de logements sur le marché locatif d'ici 2028.

Le calendrier a depuis avancé : le projet de loi a été adopté en première lecture par le Sénat le 8 juillet 2026, après avoir été modifié, puis transmis à l'Assemblée nationale le 9 juillet. La procédure accélérée a été engagée par le gouvernement. Le texte doit donc encore poursuivre son parcours parlementaire avant de pouvoir éventuellement entrer en vigueur. Il peut encore être amendé au cours de son examen à l'Assemblée nationale et son contenu définitif n'est pas acquis.

Surtout, l'adoption du texte par le Sénat ne modifie pas, à elle seule, les règles actuellement applicables. Tant que la loi n'est pas définitivement adoptée, promulguée et entrée en vigueur, les règles issues de la loi Climat et Résilience continuent de s'appliquer. Un logement classé G reste donc soumis à l'interdiction de location applicable depuis le 1er janvier 2025. Autrement dit, le projet de loi ouvre une possibilité pour l'avenir, mais il ne crée pas aujourd'hui un droit pour les bailleurs à louer ou relouer un logement G dans les conditions annoncées.

Chez Le Bon Scénario, on observe que beaucoup de bailleurs se disent : « je tiens jusqu'à la loi, ça ira ». Le calcul est risqué pour deux raisons. D'abord, parce que le vote est incertain et le calendrier peut glisser de plusieurs mois, voire d'un an. Ensuite, parce que pendant ce temps, votre logement reste juridiquement non décent : si votre bail arrive à reconduction ou si votre locataire saisit le juge, vous êtes exposé aux recours actuels, peu importe ce qui se prépare au Parlement.

Notre lecture : le projet de loi est une information à garder en tête, pas une stratégie sur laquelle s'appuyer. Si une rénovation est de toute façon dans les tuyaux, ce qui changera, c'est peut-être le délai pour la faire, pas la nécessité de la faire.

Vos options concrètes en 2026 : rénover, vendre, attendre

Vous avez désormais le cadre. La question qui reste, c'est celle de l'arbitrage : qu'est-ce que vous décidez pour ce bien ? Quatre directions s'offrent à vous, chacune avec ce qu'elle résout et ce à quoi elle expose.

Option Ce que ça résout À quoi ça expose Délai à prévoir
Rénover pour sortir de G Vous retrouvez le droit de louer durablement Coût, durée du chantier, vacance locative pendant les travaux 6 à 18 mois selon l'ampleur
Vendre Sortie immédiate de la contrainte locative Décote de 15 à 20 % sur le prix par rapport à un bien équivalent en classe C ou D Compromis, audit obligatoire si maison individuelle, signature, en général 3 à 6 mois
Changer d'usage du bien Vous évitez le marché de la résidence principale Cadres juridiques distincts (meublé de tourisme, vacance, occupation par vous-même), pas toujours adaptés Variable selon l'option choisie
Attendre la loi Lecornu Rien tant que la loi n'est pas votée Vacance locative continue, recours possibles du locataire en place, calendrier incertain Indéterminé

Sur la rénovation, un mot de cadrage. Sortir de G ne consiste pas à viser la lettre F, qui sera elle aussi interdite à la location en 2028. Le bon objectif, c'est au moins la classe E aujourd'hui, et idéalement D pour anticiper les échéances à venir et ne pas refaire un chantier dans cinq ans. C'est ce travail d'arbitrage entre coût des travaux, gain de classe et horizon réglementaire qui mérite d'être posé proprement avant de commander un devis.

Sur la vente, attention au périmètre de l'audit. L'audit énergétique réglementaire est obligatoire depuis le 1er avril 2023 pour les logements classés F et G en monopropriété (maison individuelle ou immeuble entier détenu par un seul propriétaire), et depuis le 1er janvier 2025 pour les E. La vente d'un appartement en copropriété, même classé G, n'y est pas soumise. Comptez 800 à 1 500 € en Île-de-France, davantage selon la complexité du bien. La décote est réelle, mais elle peut aussi représenter, pour un acquéreur qui sait rénover, une opportunité d'achat qu'il négociera fermement.

Sur le changement d'usage, prudence : le meublé de tourisme a ses propres règles, qui durcissent depuis la loi Le Meur du 19 novembre 2024 et qui peuvent inclure des obligations de DPE dans certaines communes. Ce n'est pas une porte de sortie évidente, à creuser au cas par cas.

La première chose à faire cette semaine

Quelle que soit votre situation, il y a une action prioritaire à poser dans les jours qui viennent. Elle dépend de votre cas.

Si votre logement est chauffé à l'électricité : commencez par télécharger l'attestation ADEME gratuite sur l'Observatoire DPE-Audit, avec votre numéro à 13 chiffres. C'est gratuit, c'est immédiat, et ça vous dit si vous êtes encore en G ou si vous êtes déjà passé en F ou E. Tant que vous n'avez pas cette information, toute décision de rénovation se prend à l'aveugle.

Si votre logement est chauffé au gaz, au fioul ou au bois et que votre bail arrive à terme dans moins de 18 mois : faites établir un état complet de votre logement (déperditions, vétusté du chauffage, état de la ventilation) et chiffrez deux ou trois trajectoires de rénovation possibles. C'est ce travail amont qui vous permet de comparer un scénario à 25 000 € qui fait gagner deux classes à un scénario à 45 000 € qui en fait gagner trois, et de choisir en connaissance de cause.

Si vous êtes en copropriété : demandez à votre syndic l'état du DPE collectif et l'existence d'un projet de plan pluriannuel de travaux (PPPT). Depuis le 1er janvier 2026, le DPE collectif est obligatoire pour toutes les copropriétés dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013, y compris celles de 50 lots ou moins. Et retenez un point souvent oublié : c'est le DPE individuel de votre lot qui fait foi pour la décence locative, pas le DPE collectif de l'immeuble. Vous pouvez vivre dans une copropriété affichant un DPE collectif décent et avoir, vous, un G individuel. Beaucoup d'arbitrages dépendront du calendrier de l'AG, pas du vôtre, et c'est une donnée à intégrer tôt.

Une rénovation lourde se prépare 12 à 18 mois en amont de la date à laquelle vous voulez relouer. Plus vous attendez, plus la fenêtre se resserre et plus le scénario du logement inlouable avec un chantier qui n'a pas démarré devient probable.

À retenir

  • Un logement classé G ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail, d'un renouvellement ou d'une reconduction tacite depuis le 1er janvier 2025 en métropole (loi Climat et Résilience). Un bail en cours signé avant cette date court jusqu'à son terme.
  • Si votre logement est chauffé à l'électricité, vérifiez d'abord l'attestation gratuite ADEME : depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion électrique est passé de 2,3 à 1,9, et environ 850 000 logements sortent du statut de passoire sans aucuns travaux.
  • e projet de loi « Relance logement », présenté le 23 avril 2026, prévoit d'assouplir les règles de location des logements classés F et G sous certaines conditions, notamment en cas d'engagement de travaux, avec des délais pouvant aller jusqu'à 3 ans en maison individuelle et 5 ans en copropriété. Le texte a été adopté en première lecture par le Sénat le 8 juillet 2026 et transmis à l'Assemblée nationale. Tant qu'il n'est pas définitivement adopté et promulgué, le calendrier actuel reste applicable.
  • Votre locataire actuel peut, à tout moment, saisir le juge pour faire constater l'indécence et demander travaux, baisse de loyer ou suspension. Le bail en cours protège moins qu'on ne le croit.
  • Si votre bail arrive à terme dans moins de 18 mois, c'est maintenant qu'il faut chiffrer une rénovation ou arbitrer entre rénovation, vente et autre usage.

Sources