Vous avez ouvert votre DPE et vous voyez deux étiquettes côte à côte, parfois avec deux lettres différentes. La première mesure ce que votre logement consomme (étiquette énergie, en kilowattheures d'énergie primaire par m² et par an). La seconde mesure les émissions de gaz à effet de serre qu'il rejette dans l'atmosphère (étiquette climat, en kilogrammes de CO₂ par m² et par an). Depuis la réforme du 1er juillet 2021, c'est la moins bonne des deux notes qui fixe la classe finale de votre logement, celle qui apparaît sur l'annonce et qui déclenche les obligations. Quand vos deux lettres divergent, l'écart entre les deux vous dit déjà sur quoi agir.
L'étiquette énergie indique combien votre logement consomme d'énergie primaire par m² et par an. L'énergie primaire, ce n'est pas l'énergie qui arrive à votre compteur (ça, c'est l'énergie finale, celle que vous payez) : c'est l'énergie comptée en amont, depuis la production. Pour l'électricité, le DPE applique un coefficient de conversion entre énergie finale et énergie primaire (1,9 depuis le 1er janvier 2026, 2,3 avant). Pour le gaz, le fioul ou le bois, ce coefficient vaut 1 : un kWh consommé au compteur compte pour un kWh d'énergie primaire. C'est ce qui détermine le poids de vos factures sur cinq postes : chauffage, eau chaude, climatisation, éclairage et auxiliaires (ventilation, pompes).
L'étiquette climat, elle, indique combien de gaz à effet de serre votre logement rejette pour fonctionner, en kilogrammes de CO₂ par m² et par an. Elle dépend surtout du type d'énergie utilisée pour le chauffage et l'eau chaude sanitaire. Une chaudière au fioul émet beaucoup, une chaudière au gaz un peu moins, une pompe à chaleur électrique ou un poêle à bois nettement moins.
Les deux étiquettes vont de A (très performant) à G (très énergivore ou très polluant). Pour les logements de plus de 40 m² situés en dessous de 800 m d'altitude (arrêté du 31 mars 2021), un A consomme moins de 70 kWh d'énergie primaire par m² et par an et émet moins de 6 kg de CO₂ par m² et par an. Un F consomme entre 331 et 420 kWh par m² et par an, ou émet entre 71 et 100 kg de CO₂ par m² et par an. Pour les surfaces de moins de 40 m², l'arrêté du 25 mars 2024 a recalibré ces seuils en juillet 2024.
| Critère | Étiquette énergie | Étiquette climat |
|---|---|---|
| Unité | kWh d'énergie primaire par m² et par an | kg de CO₂ par m² et par an |
| Ce qu'elle reflète | Votre consommation, donc le poids de vos factures | L'empreinte carbone du logement |
| Ce qui la pénalise | Mauvaise isolation, vieux équipements, chauffage électrique direct dans un bâti mal isolé | Chauffage au fioul, au gaz, au propane |
Le DPE n'est pas une étiquette, c'est un document, qui contient ces deux mesures parce qu'elles ne disent pas la même chose. Un logement peu énergivore peut être très émetteur (une maison au fioul, bien isolée). Un autre peut consommer beaucoup tout en émettant peu (un appartement tout électrique mal isolé). Reste à savoir lequel des deux décide de la note finale.
Depuis la réforme du 1er juillet 2021 (décrets de décembre 2020, arrêtés du 31 mars 2021), votre logement doit respecter les deux seuils simultanément pour décrocher une classe. Si l'une des deux notes échoue, la classe finale bascule sur la moins bonne des deux. C'est ce qu'on appelle le double seuil. Un peu comme un bulletin scolaire qui serait calé sur votre plus mauvaise matière, peu importe les autres.
Prenez un cas concret. Votre logement consomme 200 kWh d'énergie primaire par m² et par an, ce qui correspond à une classe D sur l'étiquette énergie. Mais il émet 75 kg de CO₂ par m² et par an, ce qui correspond à une classe F sur l'étiquette climat. Votre classe finale sera F, pas D. C'est cette lettre qui apparaît sur l'annonce, qui déclenche le gel des loyers, l'audit énergétique obligatoire en cas de vente, et l'interdiction progressive de location (G depuis le 1er janvier 2025, F au 1er janvier 2028, E au 1er janvier 2034 en métropole, calendrier décalé en Outre-mer).
Une autre conséquence du double seuil : depuis le 1er juillet 2021, le DPE est opposable. Si la classe affichée est erronée, l'acheteur ou le locataire peut se retourner contre le vendeur ou le bailleur. Le diagnostic n'est plus un document informatif, c'est une pièce engageante au même titre que les autres diagnostics immobiliers.
Si vos deux étiquettes sont alignées, tout est cohérent. Si elles divergent, c'est là que la lecture commence vraiment.
Un écart entre vos deux notes n'est pas une erreur de calcul. C'est une information sur ce qui plombe votre logement et sur ce qu'il faut traiter en premier.
Si votre étiquette climat est moins bonne que votre étiquette énergie : votre logement consomme dans la norme mais son chauffage émet trop de CO₂. C'est le cas typique d'une maison au fioul ou au gaz, parfois bien isolée, classée F ou G à cause de l'étiquette climat seule. Le levier prioritaire, c'est le remplacement du système de chauffage, pas l'isolation. Passer du fioul à une pompe à chaleur, raccorder le logement à un réseau de chaleur urbain ou installer un poêle à bois performant peut faire tomber l'étiquette climat de plusieurs classes.
Si votre étiquette énergie est moins bonne que votre étiquette climat : votre logement émet peu mais consomme beaucoup. C'est la signature d'un tout électrique mal isolé. Les convecteurs chauffent à perte des murs froids, l'étiquette climat reste correcte parce que l'électricité française est majoritairement décarbonée, mais la consommation gonfle. Le levier prioritaire, c'est l'isolation : toiture en premier, puis murs et menuiseries.
Si les deux étiquettes sont également mauvaises : vous cumulez les difficultés (souvent fioul et faible isolation). Il faut hiérarchiser et arbitrer entre enveloppe et équipements. La règle générale tient : on traite l'enveloppe avant le chauffage. Une pompe à chaleur posée dans une maison aux murs froids donne un mauvais rendement et une facture qui ne baisse pas, c'est comme chauffer fenêtres ouvertes.
Une nuance pour les copropriétés avec chauffage collectif : changer le chauffage ne se déclenche pas individuellement, ça dépend des décisions prises en assemblée générale. Si c'est l'étiquette climat qui vous plombe et que votre immeuble est chauffé au gaz collectif, votre marge directe est plus étroite, et l'action passe par le syndic et le plan pluriannuel de travaux.
Si votre logement est chauffé à l'électricité, vos deux étiquettes ont peut-être bougé sans que vous ayez touché à quoi que ce soit. Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité finale en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025). Concrètement, la même consommation d'électricité se traduit par moins de kWh d'énergie primaire, donc une étiquette énergie potentiellement meilleure, le plus souvent d'une classe si vous étiez proche du seuil supérieur. Selon les estimations initiales du ministère, environ 850 000 logements sortiraient ainsi du statut de passoire thermique sans travaux ; une révision du SDES en novembre 2025 a ramené ce chiffre autour de 700 000.
Le piège à éviter : cette réforme touche l'étiquette énergie uniquement, pas l'étiquette climat. Un logement chauffé au gaz ou au fioul pour le chauffage et l'eau chaude ne voit quasiment aucune des deux étiquettes bouger, sa part électrique résiduelle (éclairage, ventilation, auxiliaires) étant trop faible pour changer la classe. La réforme profite donc presque exclusivement aux logements chauffés à l'électricité. La classe finale ne peut de toute façon qu'égaler ou améliorer celle d'avant 2026, jamais l'inverse.
Concrètement, si votre logement est chauffé à l'électricité et que votre DPE a été réalisé entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2025, vous pouvez télécharger gratuitement une attestation de changement d'étiquette sur le site de l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME, avec le numéro à 13 chiffres de votre DPE. Cette attestation a la même valeur légale que le DPE initial, conserve la même durée de validité, et s'utilise en vente comme en location. Pas besoin d'un nouveau diagnostic. La même attestation existe pour les audits énergétiques réalisés sur la même période, utile si vous montez un dossier MaPrimeRénov'. Les DPE édités à partir du 1er janvier 2026 intègrent automatiquement le nouveau coefficient.
Si votre DPE date d'avant le 1er juillet 2021, l'attestation n'est pas disponible, et de toute façon votre DPE n'est plus valable depuis le 1er janvier 2025 : il vous faut un nouveau diagnostic. Et si votre logement est chauffé au gaz ou au fioul, l'attestation gratuite ne changera rien dans votre cas.
Si vous vendez : c'est la classe finale qui apparaît sur l'annonce et qui pèse sur le prix. Un logement classé F à cause de son étiquette climat, alors que son énergie est en D, se vend au prix d'un F, pas d'un D. Le marché ne fait pas de distinction. Anticipez aussi l'audit énergétique réglementaire, obligatoire depuis le 1er avril 2023 pour vendre un F ou un G, étendu aux E depuis le 1er janvier 2025.
Si vous louez : ce sont les seuils de la classe finale qui déclenchent l'interdiction de location, peu importe que la note vienne de l'énergie ou du climat. Un G interdit par le climat est aussi inlouable qu'un G interdit par l'énergie. L'interdiction se déclenche au renouvellement du bail, à la signature d'un nouveau bail ou à la reconduction tacite : un bail signé avant la date d'interdiction peut se poursuivre jusqu'à son terme. Si votre logement est tout électrique, vérifiez d'abord si l'attestation ADEME post-2026 vous fait sortir du statut de passoire, avant d'engager des travaux.
Si vous achetez : l'écart entre les deux étiquettes vous dit ce qu'il faudra traiter en premier après l'achat. Une étiquette climat plus basse que l'énergie pointe un chauffage à remplacer. Une étiquette énergie plus basse pointe un budget isolation, qui se chiffre généralement plus haut sur un chantier global. C'est une information à intégrer dans votre offre d'achat.
Si vous préparez une rénovation : commencez par identifier laquelle de vos deux étiquettes vous pénalise. Cela conditionne l'ordre des travaux, le choix des aides et le scénario qui fait vraiment gagner des classes.
Si l'écart entre vos deux étiquettes vous laisse perplexe, ou si vous hésitez sur l'ordre des travaux à engager, c'est exactement le moment où un cadrage en amont fait la différence. Chez Le Bon Scénario, c'est le rôle du Plan de Performance Énergétique (PPE) : trois scénarios de rénovation calibrés sur votre projet réel, chacun avec la lettre DPE estimée après travaux. À partir de 790 € selon la surface et la complexité du logement.